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Le travail c’est chiant… et intéréchiant !

Par - Le 10 octobre 2018

Depuis le début de notre ère jusqu’à la fin du Moyen Age, la Genèse fait du travail un châtiment divin infligée à l’homme pour expier sa faute. Une pomme bien coûteuse et qu’on continue aujourd’hui de payer grandement ! 

Journal La cigogne libérée consultable ici -> https://bit.ly/2Ozi5q8

 

Le contexte du monde du travail est aujourd’hui émaillé de conflits. La période récente a en effet remis la violence en entreprise sur le devant de la scène : burn-outs, licenciements massifs, vagues de suicides…

En réponse, et comme pour mieux faire supporter la dureté de certaines situations en entreprise, certains n’ont rien trouvé de mieux que de parler de “bonheur au travail”.

Aux solutions flottantes de type “happy washing” s’oppose celle de la qualité de vie au travail (QVT), juridique et objective. Plusieurs chiffres pour se rendre compte de l’étendue des dégâts et faire l’état des lieux.

Selon l’étude Gallup, 91%des employés français sont désengagés.

Traduction : nous sommes très nombreux à nous contreficher de notre travail. En somme, à le trouver chiant au possible.

13 340 € : Coût du mal-être au travail par an et par salarié

d’après Mozart Consulting et le Groupe APICIL.
En d’autres termes : en plus, cette souffrance a un coût.

Dans ce cadre, on comprend que pour près de la moitié des
salariés comme des dirigeants d’entreprise, les relations humaines et l’ambiance au travail soient ce qui définit la qualité de vie au travail.

Trois bonnes nouvelles malgré tout à l’issue de ce triste constat.
La première, pour vous rassurer quand même, c’est que le travail c’est certes chiant, mais ça se soigne. La deuxième bonne nouvelle, la plus évidente et la moins contestable, c’est que le travail c’est chiant pour tout le monde.

Notre souffrance commune a cela de bon qu’elle a une curieuse dignité. Elle s’applique autant au PDG qu’au stagiaire, qu’à l’employé de maison ou au comptable.

C’est précisément pour cela – c’est la troisième bonne nouvelle – qu’on a tous à gagner à une bonne qualité de vie au travail.

Une seule condition à cela : se contenter de parler de qualité de vie au travail, et pas de bonheur au travail. Car oui, le bonheur au travail c’est un peu notre malheur à tous.

S’il est communément admis que les entreprises sont responsables du bien-être de ses collaborateurs, elles sont de plus en plus nombreuses à se préoccuper de leur bonheur. Des tables de ping pong aux open space dignes de colonies de vacances, les entreprises rivalisent d’idées pour rendre leurs employés heureux. Une sollicitude qui n’est pas désintéressée.

D’après Hay Group et l’Université de Berkeley, un collaborateur « heureux » est 43% plus productif et 86% plus créatif et innovant. On comprend donc mieux pourquoi de nombreuses entreprises prétendent se soucier du « bonheur » de leurs salariés. C’est cette logique que les entreprises ont poussé jusqu’au bout. En d’autres termes; le bonheur au travail, concept par définition insaisissable, est devenu un système d’organisation, une stratégie managériale.

Un détour par la psychologie du travail permet de mieux comprendre pourquoi la notion de bonheur au travail demeure problématique et parfois contre- productive.

Dans son étude sur le « fantasme du travail comme un potentiel illimité », Susanne Ekmann a constaté que les personnes qui attendent du travail qu’il les rende heureux deviennent souvent émotionnellement dépendants. Plus qu’un salaire, ils attendent en effet « un flux constant de reconnaissance et de réconfort émotionnel. »

En perdant leur emploi, plus qu’un revenu, c’est ainsi la promesse du bonheur qu’ils perdent.

C’est précisément ce phénomène qu’analyse Richard Sennett dans son célèbre essai « Le travail sans qualité ».

Quelle démarche adopter pour répondre objectivement au nécessaire et légitime besoin de bien-être en entreprise, pour un travail moins “chiant” ?

La réponse est à chercher du côté des ressources humaines et tient en trois mots : Qualité de Vie au Travail.

La QVT comporte des objets précis, objectifs et quantifiables : concilier amélioration du bien-être et des conditions de travail.

Il ne s’agit pas d’une nouvelle mode. Croyez-le ou non, la QVT remonte à 4000 ans.

Faisant face à la grève des ouvriers à Deir el Medineh – la première du monde – , le Pharaon Ramsès III envoie un scribe, Amennakhte, faire un diagnostic.

En France, il faut attendre 2015 pour qu’une loi pose la QVT dans le champs de la négociation annuelle obligatoire des entreprises.

Mais en fait, qu’est ce que c’est la QVT ? L’ANACT (Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail) et le HAS (Haute autorité de santé) la définissent comme « l’ensemble des conditions dans lesquelles les salariés exercent leur travail, leur capacité à s’exprimer et agir sur le contenu de celui-ci. »


 

1 State of the Global Workplace, Gallup, 2017
2 Etude sectorielle 2018 de l’Indice de Bien-Être
au Travail, l’IBET©, groupe APICIL et Mozart Consulting

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